WhiteDate — se présentait comme un site de rencontres exclusivement blanc, construit sur une idéologie suprémaciste et des valeurs réactionnaires. Mais récemment, ce qui aurait dû rester un espace fermé s’est trouvé exposé à la lumière publique, grâce à l’initiative d’une hackeuse allemande, connue sous le pseudonyme Martha Root.
Le “Tinder des suprémacistes blancs”
WhiteDate se décrivait comme une plateforme “pour les personnes de race blanche recherchant des partenaires partageant des valeurs traditionnelles européennes”. Autant dire, un projet foncièrement raciste et discriminatoire derrière l’idée de « valeurs ».
Cette logique n’est pas sans rappeler certains phénomènes que nous avons déjà analysé du point de vue critique :
- Dans “Passport Bros : ces incels qui rêvent de marier des étrangères”, nous parlions des mecs qui cherchent à épouser des femmes non occidentales « plus dociles ».
- Dans “Le mythe de la misère sexuelle masculine : un outil patriarcal pour contrôler les femmes”, nous déconstruisions l’idée selon laquelle les hommes seraient victimes d’un prétendu manque chronique de sexualité .
- Et dans “Tradwives : quand la féminité devient une arme conservatrice”, nous critiquions l’idéologisation de rôles “traditionnels”, souvent liés à des structures patriarcales et réactionnaires.
WhiteDate se situait pleinement dans cette constellation idéologique : une plateforme de “valeurs traditionnelles” mais qui n’est qu’un projet incel raciste.
L’hacktivisme féministe de Martha Root
Au Chaos Communication Congress de Hambourg — un des rendez-vous annuels les plus importants de la culture hacker — Martha Root est montée sur scène déguisée en Pink Ranger (le Power Ranger rose iconique). Son déguisement et ton provocateur, comme le symbole d’une femme qui prend le contrôle d’un espace numérique masculiniste.

Martha Root a infiltré WhiteDate, exploité ses failles abyssales de cybersécurité, exfiltré plusieurs milliers de profils et données sensibles. Elle a aussi supprimé les serveurs du site en direct devant le public. Avant de supprimer les plateformes, elle a entraîné des chatbots IA à converser avec les utilisateurs, récoltant encore plus d’informations.
J’ai infiltré un site de rencontres raciste et poussé les nazis à tomber amoureux de robots »
Imaginez que vous vous nommez « race supérieure » mais que vous ne savez même pas sécuriser votre propre site. Essayez peut-être d’apprendre à dominer WordPress avant de dominer le monde. »
Martha Root
Martha Root a aussi créé un site satirique okstupid.lol
Les données qu’elle a extraites ont été publiées par Root sur un site satirique nommé okstupid.lol. C’est un jeu de mots entre OkCupid et une critique directe de l’idéologie raciste de WhiteDate.
Okstupid.lol n’est pas seulement un dépôt de données : c’est une mise en abyme critique. En exposant ces profils, leurs métadonnées, leurs localisations et leurs orientations personnelles, Root révèle la vulnérabilité technique des suprémacistes, mais aussi la vacuité d’un projet basé sur la haine et l’exclusion.
Par son geste, Martha Root rappelle la dimension rebelle du hack. Elle en fait également un outil de défense féministe et humaniste.
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