Je suis passée de l’autre côté. Celui du corps actif, du bassin qui guide, du pénétrant, du “mâle alpha” construit par nos imaginaires. Bref : j’ai découvert le pegging, ou chevillage, cette pratique où une femme pénètre son partenaire homme à l’aide d’un godemichet et d’un harnais. Et cette toute petite inversion a transformé ma vision du plaisir, de la domination symbolique et de nos scripts sexuels genrés. Voici ce que je ne savais pas que le pegging allait m’apprendre sur la sexualité dite féminine et la sexualité dite masculine.
Résumé de l’article : Pegging — pratique, plaisir, consentement et regard féminin
Le pegging consiste pour une femme à pénétrer un partenaire masculin ou féminin à l’aide d’un harnais ou d’un godemichet. Ce témoignage met en avant les dimensions sensorielles, psychologiques et relationnelles de la pratique :
– découverte du plaisir prostatique ;
– importance de la communication et du consentement ;
– choix du matériel adapté (taille, texture, lubrification) ;
– progression en douceur pour éviter douleur ou tension ;
– bénéfices pour la complicité du couple et l’intimité.
L’article offre un point de vue incarné, féministe et déstigmatisant sur une pratique souvent mal comprise.
Article mis à jour le 04 Décembre 2025
Le pegging, une pratique pas si marginale qu’on le croit
Tout d’abord, à noter que cet article est un témoignage sous un angle hétérosexuel. Mais c’est une pratique qui est courante aussi dans le cadre de relations lesbiennes par exemple.
Je ne connais pas les chiffres (et ne suis pas absolument convaincue qu’ils existent d’ailleurs) de cette pratique particulière pour la France. Ce que je sais laisse à penser que c’est une pratique relativement confidentielle.
Pourtant, le pegging s’est déjà invité dans la pop culture :
- Sex and the City, dans la courte aventure lesbienne de Samantha.
- Broad City, où Abbi expérimente sans complexe, grâce à son voisin qui lui demande ouvertement, et sa meilleure amie Ilana, qui rêve de réaliser ce fantasme
- Deadpool 1 & 2, où l’anti-héros se laisse pénétrer par sa compagne, renversant joyeusement les normes virilistes.

À part ces premiers exemples, à ma connaissance la pratique du pegging reste peu documentée dans les médias et la production culturelle dite « mainstream ». En parallèle, de nombreux pornos spécialisés et taggés « Strap on » montrent des femmes dans ce que l’on pourrait qualifier de « fantasmes lesbiens pour hommes hétéro ». Sinon, ce sont des scènes bdsm où la pratique sert un imaginaire d’humiliation avec des dominatrices.
Rien à voir avec la réalité des couples qui, très souvent, souhaitent simplement découvrir un plaisir masculin souvent invisibilisé : celui de l’orgasme prostatique. Surtout qu’il n’est pas si rare de croiser la route d’hommes qui aiment le sexe anal ! Ces derniers réclament que cette région ne soit plus le parent pauvre de la sexualité hétérosexuelle.

Qu’on y arrive par hasard, par envie, par contrainte médicale (comme mon premier partenaire, insensible de la verge après une circoncision), ou par curiosité exploratoire… les chemins vers le pegging sont multiples, légitimes et joyeux. J’invite les curieux-ses à lire le Traité d’Aneros qui explique comment atteindre l’orgasme prostatique.
Entre excitation visuelle et apprentissage mutuel
Avant tout : envie, consentement et lubrifiant (beaucoup)
Pas de tuto ici, mais un rappel essentiel pour les débutant·e·s :
- choisir un gode-ceinture adapté,
- utiliser des préservatifs,
- privilégier un lubrifiant compatible (vraiment, ne soyez pas radins),
- prendre son temps.
Le plaisir visuel : une découverte presque “masculine”
La première surprise du pegging : mon regard.
Je n’arrivais plus à détacher mes yeux de ce qui se passait. Me voir pénétrer mon partenaire était hypnotique, bien plus que l’inverse. Et surtout : si je ne regardais pas, je ne ressentais rien — puisque mécaniquement, je ne sentais pas le mouvement du sextoy.
Mon plaisir est donc devenu visuel. Un plaisir que j’ai toujours associé au masculin dans nos imaginaires culturels hétéronormés… jusqu’à ce que je le vive.
Le plaisir physique : clitoris, frottements et orgasmes en rafale
Même si je suis celle qui pénètre, mon plaisir reste clitoridien :
- avec un strap-on classique, la base du gode frotte contre la zone externe du clitoris ;
- avec un strap-on double, j’ai même une double stimulation interne/externe.
Résultat : des orgasmes plus rapides, plus vifs, plus nombreux.
Mon record personnel ? Quatre !
“Tu jouis comme un homme”, m’a même dit un partenaire. À méditer ?
Pegging et inversion des rôles : quand nos corps révèlent nos conditionnements
Le pegging m’a surtout appris deux choses fondamentales sur nos sexualités :
Nous jouons des rôles… même au lit
En tant qu’être sociaux, nous sommes enclins à endosser des rôles et des comportements de genre. Pour caricaturer, être à l’écoute et émotive lorsqu’on est une femme par exemple, tandis que l’homme sera affirmé et fort physiquement. Au lit aussi, nous subissons des rôles assignés. Je le sais parce que dès l’instant où j’ai pratiqué le pegging, j’ai agi de façon plus active, plus affirmée, plus centrée sur moi aussi et moins engagée émotionnellement. Et le même phénomène est vrai pour mon partenaire qui explique aimer cette position parce qu’il n’a pas « à être responsable, en contrôle. » C’est un renversement psychique et physique.
Ces rôles sont interchangeables
Aucun rôle n’appartient à un genre. Rien, absolument rien, n’est “naturellement féminin” ou “naturellement masculin”.
Le pegging m’a permis d’apprécier :
- le travail physique que demandent les rapports pénétratifs,
- la pression de la performance masculine,
- la vulnérabilité d’être pénétré·e.
Je vis mes rapports hétéro “classiques” autrement aujourd’hui :
plus d’empathie, plus de complicité, plus de conscience du partage des rôles.
Je l’ai dit, le changement de posture est quasi immédiat et m’a permis, en tant que femme, d’apprécier encore plus la responsabilité qu’endossent les hommes : oui, c’est réellement une performance physique (alors que je n’avais même pas à me soucier d’une potentielle « panne érectile») et oui, la passivité de l’autre est grisante mais aussi parfois dérangeante. Ce qui n’enlève rien au plaisir que je ressens lors de rapports hétéronormés, mais je ressens plus de complicité et d’empathie pour mon partenaire maintenant que je me mets à sa place.
Et vous le pegging, vous essayez quand ? Que ce soit par curiosité, par recherche de plaisir prostatique ou pour renverser ensemble les rôles de genre, le pegging ouvre des portes insoupçonnées. Vous pouvez écouter mon témoignage complet dans le podcast Prude.
FAQ : Tout savoir sur le pegging
Non. La stimulation anale n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle. Un homme peut aimer le plaisir prostatique et être hétérosexuel, bisexuel ou homosexuel.
Avec lubrifiant, préservatif et patience, c’est une pratique sûre. Évitez les objets non adaptés et privilégiez les godes en silicone médical. Pour plus d’informations sur la sécurité et l’hygiène du sexe anal, lisez cet article du site Nouveaux Plaisirs.
Pour débuter le pegging: un sextoy fin, en silicone, avec un harnais confortable. Prenez votre temps et augmentez la taille si vous le souhaitez, au fur et à mesure de votre expérience et de vos désirs. C’est sans obligation, l’important c’est que cela soit un moment de plaisir.
Parce que la sodomie masculine (et sexualité masculine en général) souffre encore de préjugés homophobes ou virilistes. Pourtant, la prostate est une zone érogène extrêmement sensible.
Oui. Le plaisir est visuel, psychique, et parfois physique selon le type de harnais ou de gode utilisé. Le pegging est notamment une pratique courante dans la sexualité lesbienne.
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