Les fantasmes sexuels féminins fascinent autant qu’ils dérangent. Longtemps niés, caricaturés ou réduits à des clichés pornographiques, ils sont aujourd’hui davantage évoqués… mais rarement interrogés en profondeur. Lorsqu’on parle de fantasmes des femmes, parle-t-on réellement de désir féminin, ou de scénarios hérités d’un imaginaire façonné par le regard masculin ?
Plan à trois, domination, exhibition, soumission : certains fantasmes reviennent souvent dans les discours, les enquêtes ou les récits médiatiques. Mais leur récurrence dit-elle quelque chose d’un désir authentique, ou plutôt d’une pression sexuelle intériorisée, construite par des normes hétérosexuelles, pornographiques et performatives ? Car le fantasme n’est jamais neutre. Il se nourrit de ce que l’on voit, de ce que l’on nous raconte, de ce que l’on attend de nous.
Ce que vous trouverez dans cet article :
- ce qu’est réellement un fantasme sexuel féminin
- comment le regard masculin influence les désirs des femmes
- pourquoi certains fantasmes sont ambivalents ou inconfortables
- le rôle du porno féministe dans la réappropriation du désir
- comment se reconnecter à ses fantasmes sans pression ni norme
Qu’appelle-t-on vraiment un fantasme sexuel féminin ?
Un fantasme sexuel n’est ni un projet, ni une obligation, ni même nécessairement une envie de passage à l’acte. C’est un espace imaginaire, dans lequel peuvent coexister excitation, curiosité, peur et transgression. Chez les femmes, le fantasme a longtemps été nié, soit considéré comme secondaire, soit interprété uniquement à travers le désir masculin.
À travers les siècles, le patriarcat n’a pas seulement cherché à contrôler la sexualité féminine dans les faits — il a aussi tenté d’en verrouiller la possibilité mentale. Désirer, imaginer, fantasmer : tout cela a longtemps été perçu comme dangereux lorsqu’il s’agissait des femmes. La sexualité féminine a été pensée comme devant être passive, contenue, orientée vers la reproduction ou le couple, mais rarement comme un terrain d’autonomie psychique.
Les travaux sociologiques sur les pratiques sexuelles montrent combien ces normes ont pesé durablement sur les imaginaires. Comme le rappelle l’enquête de Maryse Jaspard sur l’histoire des sexualités en France, les femmes ont longtemps été privées non seulement d’éducation sexuelle, mais aussi de récits légitimes leur permettant de penser leur propre désir.
Cette surveillance morale du désir passe aussi par une condamnation persistante du plaisir solitaire. La masturbation féminine, en particulier, a été diabolisée comme une pratique inutile, immorale ou déviante, précisément parce qu’elle permettait aux femmes de désirer sans médiation masculine.
Aborder les fantasmes sexuels féminins, ce n’est donc pas seulement explorer l’imaginaire érotique. C’est aussi interroger un héritage historique de censure, de silences et d’injonctions, qui continue d’influencer la manière dont les femmes se représentent — ou s’autorisent — leurs propres désirs.
Les fantasmes des femmes sont-ils façonnés par le regard masculin ?
La majorité des représentations sexuelles auxquelles nous sommes exposées – films, séries, porno mainstream – sont produites pour un regard masculin. Elles mettent en scène une sexualité performative, centrée sur la domination, la disponibilité féminine et la validation du désir des hommes. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que certains fantasmes dits « féminins » ressemblent étrangement à des scénarios masculins intériorisés.
Le plan à trois, notamment avec deux hommes, est souvent présenté comme un fantasme féminin par excellence. Mais qu’en est-il vraiment ? Ce type de fantasme interroge la frontière entre désir personnel et scénario attendu : est-ce une envie intime, ou une manière de répondre à une attente masculine, pornographique, voire sociale ?
Témoignage à lire : Plan à trois avec deux hommes, l’avis d’une femme
Fantasmes réellement féminins : ce qui émerge quand la pression disparaît
Lorsque l’on enlève la performance, la comparaison et le regard extérieur, d’autres désirs apparaissent. Si on interroge les copines, la plupart vont évoquer le désir de lenteur, de sécurité émotionnelle, d’écoute, de connexion, de consentement éclairé avant tout. Et ensuite, viendront des pratiques plus ou moins transgressives. Vouloir un sexe plus slow et fusionnel n’est pas incompatible avec la transgression, mais ce qui compte est le choix et non l’injonction.
Beaucoup de désirs dits « féminins » émergent seulement lorsque la pression sexuelle masculine se fait moins pesante. Or cette pression n’est pas abstraite. Elle est entretenue par des récits sociaux bien identifiés.

L’un des plus puissants est celui du mythe de la misère sexuelle masculine, qui présente les hommes comme naturellement frustrés, en manque permanent de sexe, et les femmes comme responsables de leur (in)satisfaction. Ce récit, largement diffusé dans les discours médiatiques et numériques, crée une asymétrie profonde : le désir féminin devient secondaire, tandis que le refus ou l’hésitation sont perçus comme une injustice.
Dans ce contexte, fantasmer librement devient compliqué. Des femmes croient désirer des scénarios très codifiés — domination, disponibilité totale, sexualité spectaculaire comme le squirt — avant de réaliser que ces fantasmes étaient étroitement liés à une attente de performance ou de conformité, plus qu’à un désir personnel.
Cette pression s’exprime aussi dans des mouvements contemporains comme celui des passport bros, qui illustrent une autre facette du problème : la recherche de femmes supposées plus dociles, plus reconnaissantes, plus disponibles sexuellement. Là encore, le fantasme masculin est projeté comme une norme à laquelle les femmes devraient s’adapter.
Porno féministe et réappropriation de l’imaginaire sexuel
Face à la domination du porno mainstream, un porno féministe tente d’émerger, qui propose d’autres récits. Il ne prétend pas représenter toutes les femmes, mais ouvrir des possibles : diversité des corps, des désirs, des rythmes, des points de vue. C’est le cas notamment des podcasts érotiques proposés par Femtasy ou Voxxx.
Des réalisatrices proposent un female gaze dans une industrie dominée par le regard masculin, permettant aux femmes de se reconnaître dans des images qui ne les objectivent pas systématiquement.
Lire notre article : Qui sont les réalisatrices de porno féministe ?
Peut-on se réapproprier ses fantasmes sans les renier ?
Déconstruire ses fantasmes ne signifie pas les censurer. Il s’agit plutôt de se demander « d’où viennent-ils ? », « à qui profitent-ils ? », « me font-ils du bien » ?
Un fantasme peut rester un fantasme, tout comme on peut décider de le vivre réellement. Il peut évoluer, disparaître, revenir autrement. On peut aussi le garder pour soi ou en discuter avec son/sa partenaire sexuelle. Se réapproprier son désir, c’est accepter sa complexité, sans chercher à correspondre à un modèle unique de sexualité.
FAQ – Fantasmes sexuels féminins
Oui, évidemment ! Contrairement aux clichés, les femmes ont une vie fantasmatique riche et qui n’est pas faite que de roses et papillons. 🙂
Non. Le fantasme n’implique aucune obligation de passage à l’acte.
Parce qu’ils peuvent être liés à des injonctions, à la pression sociale ou à des scénarios intériorisés.
Oui, mais ce n’est pas toujours grave en soi. Le problème, c’est surtout lorsqu’il est omniprésent, peu diversifié et qu’il valorise uniquement des scénarios masculinistes violents et misogynes.
Il peut offrir des représentations alternatives, mais il ne constitue pas une solution universelle au désir féminin.
